L’image photographique n’est pas un document

Rencontre / diaporamas avec Yann Tostain, photographe
Vendredi 24 janvier 2014 à 18h30

Public : tout public
Entrée libre pour les adhérents de l’association
Adhésion annuelle : 10 €

Lieu
Le Percolateur
67 rue Léon Bourgeois
13001 Marseille

© Yann Tostain

« N’est-il pas pire qu’analphabète, le photographe qui ne sait pas lire ses propres images ? », écrit Benjamin en 1931.
Si de Benjamin à Sontag se pose et se repose la question de la lisibilité de l’image photographique, c’est certainement parce que dans celle-ci, peut-être plus que dans tout autre type d’image, réside la tentation du témoignage.
Cette tentation est inhérente à l’appareil photographique lui-même, et peut-être au désir du photographe, qui ramènerait un bout de réel quand son image donnerait à voir un « ça a été ».
Ne pas montrer l’expérience que l’on a traversée, ne pas rendre compte du spectacle, ne pas parler pour ceux qui ne peuvent pas parler : autant de refus du témoignage qui sont autant de positions intenables pour le photographe. C’est que souvent, le spectateur espère voir, et le photographe espère montrer, bien plus qu’une image.
Mais ce que donne à voir une photographie, n’est-ce pas d’abord la limite de son champ? Une image peut-elle révéler autre chose que son impuissance médusée à montrer la vérité derrière le fétichisme des vérités?
Entre la photographie qui ne fonctionne qu’avec sa légende, celle qui cherche la beauté (du cadre, de la composition, de la lumière, du regard du personnage), et celle dont le contenu veut se suffire à lui-même (le « choc » des photos), se dessine la voie très étroite, d’une photographie prenant acte de son impuissance à montrer, et d’une image photographique qui ne serait pas un document.
Les séries In Abstentia, Orange (One funeral and two years left), et The Centre, cherchent à travers trois approches, trois géographies, trois styles photographiques différents, à emprunter cette voie.

Yann Tostain
Yann Tostain est né et a grandi en France.
Il étudie la Psychopathologie à Marseille et Paris et obtient son Doctorat en 2004. Il travaille alors sur les effets psychiques des déplacements forcés de populations dans les zones de conflit, pour diverses ONG, en parallèle d’une activité clinique psychanalytique en France.
Il commence à travailler comme photographe en Afrique de l’Ouest en 2007 (Sierra Leone, Liberia), puis dans les Balkans (Croatie, Serbie, Bosnie) et l’ancien bloc de l’Est (Roumanie, Moldavie, Ukraine, Russie, Biélorussie, Géorgie).
A partir de 2009, le questionnement sur la fonction et les limites de l’image prend progressivement le pas sur la dimension strictement documentaire dans son travail photographique.
En 2013, il intègre le collectif berlinois Exp12, affilié à l’Ostkreuzschule für Fotografie, et entame des activités de curateur pour l’espace d’exposition de la Greifswalder Straße.
Il se consacre actuellement à la publication d’un premier livre (Orange (one funeral and two years left)), en collaboration avec C. Raybaud et C. Laude (Exp12).
Son travail a été exposé, entre autres, en Russie, en Allemagne, en Irlande et en Suède.

 

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